
En bref : Fondée en 789, Fès est la plus ancienne des villes impériales marocaines et un joyau culturel classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1981. Avec ses 9 400 ruelles, ses tanneries centenaires et la plus ancienne université du monde, Fès offre une immersion médiévale unique au monde.
280 ha
Superficie médina
1981
Classée UNESCO
9 400
Ruelles
156 000
Habitants médina
Fès n'est pas simplement une destination touristique : c'est une expérience sensorielle totale que peu de villes au monde peuvent encore offrir. Imaginez errer dans un labyrinthe de 9 400 ruelles médiévales intactes, où chaque virage révèle une nouvelle merveille architecturale, un artisan au travail ou un délicieux arôme de cuisine traditionnelle.
Contrairement à Marrakech, plus tournée vers le tourisme de masse, Fès a su préserver son authenticité profonde. La médina (Fès el-Bali) reste avant tout un lieu de vie pour ses 156 000 habitants : les boulangers enfournent le pain à l'aube, les teinturiers plongent les peaux dans les cuves de couleurs vives, les étudiants en théologie débattent dans les cours des médersas. Vous n'êtes pas dans un musée vivant mais dans une ville qui respire.
Cette authenticité, combinée à un patrimoine historique exceptionnel — la mosquée Al Quaraouiyine (859), considérée comme la plus ancienne université du monde encore en activité, les tanneries Chouara, la médersa Bou Inania — en fait une destination classée à juste titre au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1981.
Fès est souvent perçue comme intimidante par les voyageurs en raison du labyrinthe de ses ruelles. En réalité, se perdre fait partie de l'expérience. Gardez simplement en tête les deux grandes artères — Talaa Kbira et Talaa Sghira — qui traversent la médina du nord au sud et vous ramènent toujours vers Bab Boujloud.
Fès doit sa naissance à Idriss Ier, descendant du prophète Mohammed, qui fuyait les persécutions abbassides en Orient. En 789, il établit Madinat Fas sur la rive droite de l'oued Fès. Son fils, Idriss II, développe la ville sur la rive gauche en 809, attirant notamment 800 familles andalouses chassées par les Omeyyades de Cordoue, puis des familles originaires de Kairouan (Tunisie).
Cette double origine — arabe andalouse et kairouanaise — marque durablement le caractère de Fès. Les deux quartiers initiaux (Adwat al-Andalus et Adwat al-Qarawiyyin) conservent d'ailleurs des différences architecturales visibles encore aujourd'hui : les maisons du quartier andalou sont réputées pour leurs décors en bois de cèdre plus élaborés.
C'est à cette période qu'est fondée la mosquée Al Quaraouiyine (859), dont l'université est reconnue par le Livre Guinness des Records comme la plus ancienne université en activité continue au monde.
Sous la dynastie mérinide, Fès devient la capitale intellectuelle et spirituelle du Maghreb. Les sultans mérinides y investissent massivement, construisant Fès el-Jdid (1276) — nouvelle ville royale avec palais et mellah (quartier juif) —, la médersa Bou Inania (1350), chef-d'œuvre de l'architecture hispano-mauresque, et plus de vingt médersas dont Attarine et Sahrij.
C'est à cette époque que Fès atteint son apogée démographique avec près de 200 000 habitants, une taille considérable pour la période médiévale, qui en faisait l'une des plus grandes villes du monde.
Bien que la capitale soit transférée à Meknès puis Rabat, Fès conserve son statut de capitale spirituelle et intellectuelle. Le sultan Moulay Hassan Ier (1873–1894) entreprend d'importants travaux de restauration des médersas et mosquées.
L'arrivée du protectorat français (1912) marque un tournant urbanistique : création de la Ville Nouvelle au sud-ouest (architecture art déco), introduction du tramway, mais aussi protection stricte de la médina — les Français interdisent toute modification substantielle, préservant paradoxalement ce patrimoine unique. C'est dans les médersas de Fès que naît d'ailleurs le mouvement nationaliste marocain, menant à l'indépendance en 1956.
La médina de Fès el-Bali (280 hectares) est la plus grande médina piétonne du monde. Voici comment l'appréhender par quartiers.
Fondé par les familles andalouses venues de Cordoue, ce quartier est caractérisé par son architecture aux décors en bois de cèdre particulièrement soignés. On y trouve la mosquée des Andalous (IXe siècle), l'une des plus anciennes d'Afrique du Nord, et la rue des Teinturiers (Souk Sabbaghine), où les étoffes colorées séchant au-dessus des ruelles créent un spectacle photographique saisissant.
C'est le quartier le plus calme de la médina, moins fréquenté par les circuits touristiques, idéal pour trouver des hébergements authentiques à des prix plus abordables.
Cœur intellectuel et religieux de Fès, ce quartier abrite la mosquée-université Al Quaraouiyine (non accessible aux non-musulmans à l'intérieur, mais son architecture est visible depuis les entrées), la médersa Attarine — l'une des plus belles du Maroc avec ses zellige, stuc et bois de cèdre —, et le souk Attarine dédié aux épices et parfums, dont les arômes envahissent les ruelles.
La médersa Attarine est souvent éclipsée par la plus célèbre Bou Inania. Elle mérite pourtant le détour : ses proportions parfaites et la qualité de ses stucs sont exceptionnelles. Arrivez à l'ouverture (9h) pour la découvrir sans foule.
Le plus photographié de Fès. Les tanneries Chouara, en activité depuis le XIe siècle, sont un spectacle unique : des centaines de cuves circulaires colorées (safran, pavot, indigo, henné, menthe) où les ouvriers travaillent le cuir selon des méthodes inchangées depuis des siècles.
La vue la plus célèbre se contemple depuis les terrasses des boutiques de maroquinerie environnantes — accès généralement gratuit si vous acceptez de visiter la boutique. On vous offrira une branche de menthe à tenir sous le nez pour atténuer l'odeur âcre du cuir en cours de traitement.
L'odeur des tanneries peut être très forte, notamment en été. Les terrasses situées en hauteur et face au vent permettent d'apprécier le spectacle plus confortablement. Évitez les jours de pluie où les odeurs sont décuplées.
La place Seffarine, dominée par un grand arbre et entourée d'ateliers de batteurs de cuivre, est l'un des rares endroits de la médina où l'artisanat traditionnel s'exerce à ciel ouvert depuis le XIIIe siècle. Le bruit rythmique des marteaux sur le métal accompagne votre balade.
À deux pas, la médersa Seffarine (la plus ancienne de Fès, XIIIe siècle) et la célèbre bibliothèque Al Quaraouiyine, qui abrite des manuscrits rares dont une copie du Coran datant du IXe siècle — sur rendez-vous uniquement pour les chercheurs.
La médersa Bou Inania (1350) est l'unique médersa de Fès ouverte aux non-musulmans pour la prière. Chef-d'œuvre de l'architecture mérinide, elle déploie sur trois niveaux un vertige de zellige (carreaux de faïence), de stuc sculpté et de panneaux en cèdre gravé. Arrivez avant 10h pour profiter de la lumière matinale dans la cour intérieure.
Les tanneries Chouara (voir section quartiers) — incontournables malgré l'odeur.
Le palais Dar Batha est un palais du XIXe siècle reconverti en musée des arts et métiers traditionnels de Fès. Sa collection de céramiques bleues, de broderies et de bois sculptés donne une excellente introduction à l'artisanat fassi avant de partir à la découverte des souks.
Les remparts et les mérinides : depuis le Borj Nord (forteresse du XVIe siècle), la vue panoramique sur la médina et ses minarets est saisissante, surtout à l'heure dorée. La nécropole mérinide (tombeaux sultaniens du XIVe siècle) se trouve à proximité.
Le Jardin Jnan Sbil est une oasis de verdure en plein cœur de la ville, idéal pour une pause entre deux visites. Les habitants de Fès y viennent se promener en famille le soir — une scène de vie quotidienne authentique loin des circuits touristiques.
Le mellah (quartier juif de Fès el-Jdid) raconte l'histoire de la communauté juive fassie, longtemps l'une des plus influentes du Maroc. Les synagogues Ibn Danan et Slat al-Fassiyine (restaurées) témoignent de ce passé. La communauté juive a largement émigré au XXe siècle, laissant derrière elle une architecture unique avec ses balcons en fer forgé.
Le souk el-Henna est un marché dédié aux produits de beauté naturels — henné, ghassoul (argile), savon noir, huile d'argan — dans un cadre architectural magnifique (une ancienne fondouk). Moins cher et plus authentique que les boutiques touristiques.
L'atelier de poterie d'Ain Nokbi, à la sortie de la médina, est le seul endroit où vous pouvez observer l'intégralité du processus de fabrication de la céramique bleue de Fès : tournage, séchage, émaillage, cuisson. L'entrée est libre, les artisans accueillants.
La cuisine de Fès est réputée dans tout le Maroc comme la plus raffinée et la plus élaborée. Elle hérite à la fois des traditions andalouses (association sucré-salé, épices complexes) et berbères (cuisson longue, produits du terroir).
Le plat royal par excellence : une fine pâte feuilletée (ouarka, semblable à de la feuille de brick) enveloppant un mélange de pigeon effiloché, amandes torréfiées, œufs et un mélange d'épices précis, saupoudrée de cannelle et sucre glace. L'équilibre entre le croustillant de la pâte, le moelleux de la viande et la douceur des amandes est une révélation.
La pastilla est un plat de fête — ne vous attendez pas à en trouver dans tous les restaurants du quotidien. Les meilleures versions se dégustent dans les riads-restaurants de la médina.
Agneau entier cuit à l'étouffée dans des fours en terre pendant 6 à 8 heures, jusqu'à obtenir une viande fondante qui se détache à la main. Servi traditionnellement avec du sel au cumin et du pain khobz. Les fours collectifs (ferrane) de la médina fournissent ce service aux familles pour les grandes occasions.
La soupe nationale du Maroc, mais dans sa version fassie, plus épaisse et plus parfumée qu'ailleurs : lentilles, pois chiches, viande d'agneau, tomates, céleri, persil, et un fond de farine qui lui donne sa consistance veloutée. Servie traditionnellement à l'iftar (rupture du jeûne du Ramadan) mais disponible toute l'année, accompagnée de dattes et de chebakia (pâtisseries au miel et sésame).
Plat emblématique de la cuisine impériale : agneau ou poulet mijoté longuement avec des pruneaux noirs, des amandes grillées, du miel et un mélange d'épices (cannelle, gingembre, safran). La sauce obtenue est d'une richesse remarquable, à saucer avec le pain marocain.
Pâtisseries en forme de triangles ou rouleaux, fourrées d'amandes broyées parfumées à la cannelle et à l'eau de fleur d'oranger, nappées de miel. Servies lors des fêtes familiales, elles sont aussi disponibles dans les pâtisseries traditionnelles de la médina.
La crêpe feuilletée marocaine dans sa version la plus savoureuse : fine, croustillante aux bords et moelleuse au centre. Le petit-déjeuner fassi par excellence, dégusté chaud avec du miel, de la confiture ou du fromage frais, accompagné d'un verre de thé à la menthe ou d'un café au lait.
Beignets frits en forme d'anneaux irréguliers, servis chauds sur un fil d'alfa, parsemés de sucre. Le snack de rue incontournable de Fès, préparé à la main chaque matin par les sfennjis (beignetiers) installés à l'entrée des quartiers.
Pour manger authentiquement et pas cher, cherchez les restaurants fréquentés par les habitants — les enseignes en arabe uniquement, les tables collectives, les prix affichés en dirhams sur un tableau noir. Évitez les terrasses avec menus traduits en 5 langues aux abords de Bab Boujloud : rapport qualité-prix médiocre.
Un seul jour à Fès impose des choix. Voici le parcours le plus efficace :
Matin (8h–12h) — Petit-déjeuner sur une terrasse avec vue sur Bab Boujloud (8h), puis visite de la médersa Bou Inania dès l'ouverture à 9h pour profiter de la lumière et de l'absence de foule. Remonter ensuite vers les tanneries Chouara pour 10h (meilleure lumière matinale, couleurs plus vives). Terminer par le souk Attarine et une pause thé à la menthe dans un café de la médina (11h30).
Après-midi (14h–18h) — Déjeuner dans un riad-restaurant (14h), puis visite du palais Dar Batha et son musée des arts traditionnels (15h30). Dernière balade vers la place Seffarine pour écouter les batteurs de cuivre (17h), avant un coucher de soleil depuis le Borj Nord ou une terrasse de riad (18h30).
Jour 1 — Cœur historique
Médersa Bou Inania → Tanneries Chouara (visite guidée avec un maître tanneur) → Déjeuner familial dans la médina → Palais Dar Batha → Quartier des Andalous → Dîner dans le patio d'un riad
Jour 2 — Artisanat & savoir
Atelier de poterie Ain Nokbi → Souk el-Henna → Médersa Al Attarine → Bibliothèque Al Quaraouiyine (sur RDV) → Jardin Jnan Sbil → Cours de cuisine marocaine chez l'habitant
Jour 3 — Hors des sentiers battus
Mellah et synagogues → Pique-nique panoramique au Borj Nord → Ville Nouvelle (architecture art déco) → Musée Nejjarine des arts du bois → Dîner d'adieu en musique andalouse
La meilleure période pour visiter Fès s'étend de mars à mai et de septembre à novembre. Les températures sont agréables (20–28 °C), les jardins en fleurs au printemps, la lumière dorée en automne.
Juillet et août sont à éviter si vous êtes sensible à la chaleur : le thermomètre peut dépasser 42 °C en journée dans la médina, où la chaleur est amplifiée par les ruelles étroites et l'absence de vent.
Le Festival des Musiques Sacrées du Monde (généralement en juin) est une raison valable de braver la chaleur : concerts dans les monuments historiques, atmosphère unique, afflux de voyageurs du monde entier.
En avion : l'aéroport Fès-Saïss (FEZ) reçoit des vols directs depuis Paris, Bruxelles, Lyon, Montréal et plusieurs villes européennes (Ryanair, easyJet, Royal Air Maroc). Compter 30 minutes de taxi jusqu'à la médina (70–100 DH en grand taxi).
En train : la gare ferroviaire de Fès est bien connectée à Casablanca (3h30) et Tanger (4h30) via l'ONCF. La gare se trouve en Ville Nouvelle, à 10 minutes en petit taxi de Bab Boujloud.
En bus : CTM et Supratours proposent des liaisons depuis les principales villes marocaines. La gare routière est en périphérie (20 min de taxi).
Dans la médina (recommandé pour l'immersion) : riads et appartements traditionnels dans les quartiers des Andalous, Seffarine ou autour de Bab Boujloud. L'inconvénient : les bagages doivent être portés à pied depuis le point d'accès en taxi.
En Ville Nouvelle (confort et praticité) : appartements modernes, accès en voiture, proximité des restaurants et commerces modernes. Idéal pour les séjours longs ou pour ceux qui souhaitent alterner médina et confort contemporain.
Points forts des hébergements médina
Points forts des hébergements Ville Nouvelle
Fès est l'une des destinations les plus abordables du Maroc. Voici un budget indicatif par personne :
Fès est une ville conservatrice. Quelques règles essentielles pour respecter les habitants et éviter les situations inconfortables :
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Période idéale : mars à mai et septembre à novembre. Les températures sont agréables (20–28 °C) et la foule moins dense qu'en été. À éviter : juillet–août (chaleur intense pouvant dépasser 40 °C en journée) et le Ramadan si vous souhaitez visiter tous les sites sans restriction d'horaires. Le Festival des Musiques Sacrées du Monde (juin) est une excellente occasion de combiner culture vivante et tourisme.
La médina est exclusivement piétonne — ni voitures, ni vélos. Prévoyez des chaussures confortables et antidérapantes (les pavés sont irréguliers). Pour rejoindre la médina depuis votre hébergement ou l'aéroport : petit taxi (15–25 DH la course en ville), grand taxi pour l'aéroport (70–100 DH). Des porteurs avec charrettes peuvent transporter vos bagages dans les ruelles étroites (20–50 DH selon la distance).
Un guide officiel agréé (environ 250 DH/h) est vivement recommandé pour une première visite : il vous donne accès à des ateliers et maisons privées, explique l'histoire des monuments et vous évite de tourner en rond dans les 9 400 ruelles. Pour les voyageurs indépendants, sauvegarder des points Google Maps à l'avance et suivre le circuit touristique balisé au sol est une alternative viable. Méfiez-vous des « faux guides » qui proposent spontanément leur aide : refusez poliment.
Budget indicatif par personne pour 3 jours : hébergement 150–400 DH/nuit (appartement Baytroom ou riad), repas 80–200 DH/jour, entrées monuments 20–70 DH par site, guide 500–700 DH pour une demi-journée. Budget total estimé : 1 200–2 500 DH (3 jours), hors transport depuis votre ville d'origine.
L'artisanat fassi est parmi les plus réputés du Maroc : céramique bleue de Fès (ateliers Ain Nokbi), cuir des tanneries (babouches, sacs — négociez directement avec les artisans), épices et ras el hanout (souk Attarine), lampes en métal ciselé (place Seffarine), tapis berbères (marché aux tapis, rue Talaa Kbira). Évitez les boutiques à l'entrée des sites touristiques : les prix y sont gonflés et la qualité souvent moindre.
Fès est globalement une ville sûre pour les touristes. Les principales précautions : vigilance contre les pickpockets dans les zones très fréquentées (Bab Boujloud, tanneries), refus poli mais ferme des sollicitations de guides non officiels, et éviter de sortir seul(e) dans des ruelles isolées après 22h. Gardez une photocopie de vos papiers d'identité et notez le numéro de la brigade touristique : 0535 62 40 35.