
En bref : El Kelaa des Sraghna est une ville de 100 000 habitants dans la province du même nom, à 80 km à l'est de Marrakech et 80 km à l'ouest de Beni Mellal, au cœur de la plaine du Haouz oriental. C'est une ville peu connue des touristes mais parfaitement connue des acheteurs d'huile d'olive — la région d'El Kelaa des Sraghna est la première zone oléicole du Maroc par le volume de production, avec plus de 100 000 hectares d'oliviers dans la province. L'huile d'olive de la plaine du Haouz oriental — produite principalement à partir de la variété locale picholine marocaine (Menara ou Baldi) — est exportée vers l'Espagne, le Portugal et l'Italie où elle est souvent incorporée dans des huiles d'appellation européenne. Le développement de coopératives certifiées qui commercialisent sous leur propre marque à destination des marchés européens et américains est l'enjeu stratégique de la filière locale depuis les années 2010. El Kelaa des Sraghna doit son nom à la tribu des Sraghna — une grande confédération arabo-berbère qui occupe la plaine du Haouz oriental depuis le Moyen Âge et dont l'identité tribale reste vivace malgré trois générations d'urbanisation.
100 000 ha, 1re province Maroc
Oliveraie
80 km (1h)
Distance Marrakech
80 km (1h)
Distance Beni Mellal
Lundi, marché oléicole régional
Souk
Il y a des villes dont la célébrité est inversement proportionnelle à leur importance économique réelle. El Kelaa des Sraghna est de celles-là — personne n'en parle dans les guides de voyage, mais toute personne qui mange de l'huile d'olive en Europe a de bonnes chances de consommer, à son insu, une huile produite dans la plaine du Haouz oriental.
Les 100 000 hectares d'oliviers de la province d'El Kelaa représentent le plus grand verger oléicole continu du Maroc et un des plus importants d'Afrique. Cette réalité — cachée derrière des noms de marques espagnoles et italiennes qui absorbent et rebaptisent l'huile marocaine — est l'histoire économique d'une plaine que personne ne photographie mais que le monde entier consomme sans le savoir.
Le Maroc est le 5e producteur mondial d'huile d'olive (après Espagne, Italie, Grèce, Tunisie) et le 3e exportateur mondial en volume — un statut peu connu du grand public qui associe l'huile d'olive à la Méditerranée européenne. La production marocaine oscille entre 130 000 et 200 000 tonnes d'huile par an selon les années climatiques (la production oléicole est très sensible aux alternances de bonnes et mauvaises années, un phénomène dit d'alternance).
La particularité du Maroc est d'exporter 60 à 70% de sa production en vrac — des camions-citernes transportent l'huile marocaine vers les ports de Barcelone, Barcelone, Livourne et Séville, où les industriels européens la mélangent avec leurs productions locales avant embouteillage sous marque européenne. Ce positionnement en bas de chaîne de valeur est le grand défi stratégique de la filière marocaine — quelques coopératives et marques marocaines (Zitoun, Volubilia, Ourika) ont commencé à commercialiser directement en Europe et aux États-Unis avec un succès croissant, mais la masse de la production reste dans le vrac.
La province d'El Kelaa des Sraghna représente à elle seule 25 à 30% de la production nationale d'huile d'olive marocaine — une concentration géographique exceptionnelle qui s'explique par la conjonction de sols argilo-calcaires profonds, d'une pluviométrie annuelle de 300 à 400 mm (suffisante pour l'oléiculture extensive mais trop faible pour la céréaliculture intensive sans irrigation), et d'une tradition culturale ancienne transmise depuis des générations par les tribus Sraghna.
La picholine marocaine (aussi appelée Menara, Baldi, Tounsi selon les régions) est la variété d'olivier dominante au Maroc — elle représente 95% du verger oléicole national. Cette variété locale, non sélectionnée scientifiquement mais façonnée par des millénaires de sélection paysanne, est adaptée aux conditions climatiques du Maroc — résistance à la sécheresse (elle peut survivre à des étés sans irrigation avec des rendements réduits), résistance aux gelées modérées (jusqu'à -8°C sans dégâts majeurs), et plasticité agronomique (elle produit dans des sols variés, des altitudes de 0 à 1 200 m).
Sa double aptitude est sa principale qualité commerciale : la picholine marocaine produit à la fois des olives de table (récoltées vertes en septembre–octobre, traitées en saumure) et de l'huile (récoltées mûres en novembre–janvier). Cette polyvalence permet aux producteurs de moduler leur stratégie commerciale selon les prix relatifs de la table et de l'huile chaque saison.
L'huile d'olive produite dans la plaine du Haouz oriental autour d'El Kelaa a des caractéristiques organoleptiques spécifiques — une couleur verte à dorée selon le stade de récolte, un arôme fruité herbacé avec des notes d'artichaut, d'amande fraîche et d'herbe coupée pour les récoltes précoces (octobre–novembre), une amertume et un piquant modérés liés à la teneur en polyphénols. L'acidité libre (principal indicateur de fraîcheur) des huiles vierges extra de El Kelaa est typiquement inférieure à 0,5% — une qualité supérieure aux exigences légales (0,8% maximum pour la vierge extra).
Le gel de l'hiver 2021 a endommagé des milliers d'hectares d'oliviers dans la province — une vague de froid exceptionnelle (-6°C en plaine pendant trois nuits consécutives) a grillé les feuilles et les jeunes pousses de nombreux arbres. La récupération a pris 2 à 3 ans — certaines parcelles de jeunes oliviers non encore en pleine production ont dû être replantées.
Les Sraghna sont mentionnés dans les sources géographiques arabes médiévales comme une confédération occupant la rive gauche de l'Oum Er-Rbia et la plaine entre Marrakech et le Tadla — un territoire qui correspond approximativement à la province actuelle. Leur origine est arabe (branche des tribus hilaliennes dont la migration vers le Maghreb s'est faite aux 11e–12e siècles), mais leur culture matérielle — architecture en pisé, artisanat textile — a absorbé des influences berbères profondes au contact des Aït Bou Ziri et des Aït Mzal voisins.
La résistance des Sraghna à la pénétration française a été notable — leurs cavaliers ont combattu les colonnes du général Moinier jusqu'en 1912–1913, utilisant la mobilité de leur cavalerie dans la plaine ouverte. Cette résistance militaire est célébrée dans la mémoire locale mais peu connue à l'échelle nationale — le récit de la conquête française du Maroc central est dominé par les figures du Moyen Atlas (résistance rifaine, Aït Atta, Beni Mguild) plus que par les tribus de la plaine.
La transformation des olives en huile suit un protocole précis dans les huileries modernes à extraction à froid d'El Kelaa. Les olives récoltées (à la main ou au vibro-cueilleur pour les grandes exploitations) sont effeuilllées et lavées le jour même de la récolte ; elles sont ensuite broyées dans un malaxeur à acier inoxydable pendant 20 à 40 minutes (broyage plus long = extraction plus efficace mais légère oxydation) ; la pâte broyée est centrifugée (décanteur triphasique) pour séparer l'huile, les margines (eaux de végétation) et le grignons (résidu solide) ; l'huile est ensuite filtrée et stockée en inox à température contrôlée avant embouteillage ou expédition en vrac.
La margine (résidu liquide contenant 2 à 5% d'huile résiduelle et une forte charge organique) est l'enjeu environnemental principal de la filière — son rejet direct dans les oueds est problématique (DBO5 très élevée, effet phytotoxique sur les cultures). Des programmes de traitement des margines (bassins de lagunage, valorisation en biogaz, épandage contrôlé sur les terres agricoles) sont en cours de déploiement dans la province.
La cuisine d'El Kelaa est fondamentalement celle de l'olive et de l'huile — deux produits omniprésents dans toutes les préparations de la plaine. Le tagine d'agneau aux olives cassées et au citron confit est le plat de fête de la région — les olives cassées (meslalla) de la plaine, macérées pendant 3 semaines dans une saumure à l'ail, au cumin et au piment doux, mijotées avec un épaule d'agneau local, du gingembre, du safran et un citron confit au sel pendant 2 heures. La profondeur aromatique de ce plat tient à la qualité de l'huile d'olive locale utilisée pour le braiser initial et à l'amertume caractéristique des olives cassées — une combinaison que l'huile d'olive industrielle ne peut pas reproduire.
La salade d'olives marinées au souk du lundi — des olives vertes et violettes mélangées dans des bacs de saumure aux proportions d'épices propres à chaque vendeur (certains ajoutent de la peau d'orange séchée, d'autres du piment de Cayenne, d'autres de la coriandre grillée) — est la préparation emblématique du marché. Chaque acheteur goûte avant d'acheter — une dégustation qui s'étale sur dix minutes et cinq marchands différents avant la décision finale.
Accès : depuis Marrakech (80 km, 1h) par la N8 direction Beni Mellal. Depuis Beni Mellal (80 km, 1h) par la même N8. Grand taxi Marrakech–El Kelaa : 25 MAD/pers. Bus CTM Marrakech–El Kelaa : 40 MAD, 1h15.
Acheter : huile d'olive vierge extra de première pression à froid chez les coopératives (25–45 MAD/litre en vrac, 50–90 MAD en bouteille). Olives marinées au souk du lundi (20–40 MAD/kg selon variété et marinade). Savon d'olive artisanal (15–25 MAD/unité).
Meilleure période : novembre (ouverture campagne, festival de l'olive, récolte en cours, odeur des pressoirs dans toute la ville). Mars–avril (plaine verte, oliviers en fleur, 18–26°C). Éviter juillet–août (43–48°C en plaine).
Coopératives oléicoles (nov–janv) Pressoirs en activité, dégustation d'huile fraîche, achat direct producteur. 25–45 MAD/litre — la meilleure huile du Maroc central.
Souk du lundi Olives marinées de 20 variétés, artisanat Sraghna, tapis du Haouz oriental. Le marché oléicole le plus authentique du Maroc.
Plaine du Haouz oriental 100 000 ha d'oliviers à perte de vue en novembre — un paysage agricole dont l'échelle n'a pas d'équivalent au Maroc.
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Le Maroc est le 5e producteur mondial d'huile d'olive et le 3e exportateur. El Kelaa est le cœur de cette production — 100 000 ha d'oliviers dans la seule province. Une grande partie de l'huile marocaine est exportée en vrac vers l'Espagne et l'Italie qui la mélangent à leurs productions locales avant embouteillage sous appellation européenne.
Les coopératives certifiées (une dizaine dans la province) vendent directement au consommateur sur présentation — s'adresser à la COPAG (coopérative laitière et oléicole locale) ou aux coopératives de femmes affiliées à l'INDH. Huile vierge extra de première pression à froid : 25–45 MAD le litre en vrac, 50–90 MAD en bouteille certifiée. Le souk du lundi propose aussi de l'huile des producteurs individuels.
Le Festival de l'Olive (généralement en novembre, à l'ouverture de la campagne de récolte) est une fête professionnelle et populaire : concours de qualité d'huiles, démonstrations de récolte traditionnelle au perchoir, marché d'artisanat local, concerts. Il attire des producteurs d'huile d'olive de tout le Maroc et quelques acheteurs européens. Renseignements : mairie d'El Kelaa des Sraghna.
Les Sraghna sont une grande confédération tribale du Haouz oriental — d'origine arabe (migration hilalienne médiévale) mais profondément berbérisés culturellement au contact des tribus voisines. Éleveurs et agriculteurs traditionnels, ils occupent la plaine depuis le 13e–14e siècle. Leur identité tribale structure encore les solidarités économiques, les mariages et les affiliations politiques locales.
Oui — la route N8 Marrakech–Beni Mellal passe par El Kelaa (80 km de chaque côté). Arrêt recommandé : souk du lundi (si c'est lundi), achat d'huile d'olive en coopérative, déjeuner (tagine d'olives de la région). Route panoramique sur la plaine du Haouz avec les Jbel Sraghna en arrière-plan — paysage de plaine agricole oléicole typique du Maroc central.
La campagne de récolte dure de novembre à janvier selon l'altitude des parcelles. Plusieurs fermes et coopératives acceptent des visiteurs pendant la récolte — une journée avec les équipes de cueillette au perchoir (longues gaules pour faire tomber les olives sur des filets) et de portage jusqu'aux pressoirs. Contact via le souk du lundi ou directement avec les coopératives.