
En bref : Ben Slimane est une ville de 60 000 habitants dans la province de Benslimane, à 60 km au nord-est de Casablanca et 50 km au sud de Rabat par la route intérieure. C'est une ville de l'axe Chaouia — une plaine agricole fertile entre les deux métropoles, traversée par des routes qui relient sans passer par la côte. Deux réalités définissent Ben Slimane au-delà de sa géographie. Premièrement, la forêt de Maâmora — dont l'essentiel du territoire se déploie autour de Ben Slimane — est la plus grande forêt de chênes-lièges (Quercus suber) du monde, avec 133 000 hectares classés en réserve de biosphère UNESCO. Ben Slimane est la ville-centre de cette forêt : ses scieries, ses coopératives de liège et ses gardes forestiers organisent l'exploitation et la conservation de ce patrimoine naturel exceptionnel. Deuxièmement, le Haras National de Ben Slimane — un des deux haras royaux du Maroc avec celui de Meknès — abrite une collection de chevaux de race pur-sang arabe et barbe dont la réputation dépasse les frontières du pays.
133 000 ha, chêne-liège, UNESCO
Forêt Maâmora
Pur-sang arabe et barbe, visite
Haras national
60 km (45 min)
Distance Casablanca
50 km (40 min)
Distance Rabat
Il y a une forêt de 133 000 hectares entre Casablanca et Rabat que des millions de voitures longent chaque semaine sur l'autoroute A3 sans jamais y entrer. La forêt de Maâmora est la plus grande forêt de chênes-lièges du monde — un titre qui devrait en faire une destination, mais qui reste ignoré parce que la forêt n'est pas bleue comme Chefchaouen ni désertique comme Merzouga.
Ben Slimane est la ville au cœur de cette forêt. Une ville de 60 000 habitants qui sent la résine de pin en été et l'argile mouillée en hiver, dont le haras royal élève des chevaux dont les lignées remontent aux écuries des sultans alaouites, et dont le souk du mercredi rassemble les éleveurs et les agriculteurs d'une des plaines les plus productives du Maroc.
La forêt de Maâmora (Merja en berbère, 'la zone humide forestière') occupe une vaste dépression sédimentaire entre les collines du Pré-Rif au nord et la plaine de la Chaouia au sud — un bassin formé dans des sédiments détritiques du Miocène et du Pliocène (5 à 20 millions d'années), à sol sableux limoneux profond favorable à l'enracinement des chênes.
Le chêne-liège (Quercus suber) est l'essence dominante sur les sols les plus sableux et les mieux drainés — une espèce méditerranéenne qui s'étend de la péninsule ibérique et du Maghreb jusqu'à l'Italie et la France. La Maâmora est sa plus grande forêt continue au monde — une superficie qui dépasse les forêts de liège du Portugal (environ 730 000 ha mais fragmentées) et de l'Espagne pour ce qui est de la continuité du massif. Des chênes zeen (Quercus canariensis) dominent les zones plus humides et argilleuses ; des pins maritimes (Pinus pinaster) plantés dans les années 1960–1980 couvrent des zones dégradées reboisées artificiellement.
L'écorce du chêne-liège est l'une des matières végétales les plus remarquables de la nature — un tissu cellulaire (phellem) composé de cellules mortes à parois imprégnées de subérine (un polymère lipidique) et remplies d'air. Cette structure en nid d'abeilles microscopique lui confère ses propriétés uniques : légèreté (densité 0,12–0,20), imperméabilité à l'eau et aux gaz, élasticité (compression de 50% sans déformation permanente), isolation thermique et acoustique, résistance au feu (le liège ne brûle pas, il se carbonise superficiellement en protégeant l'arbre).
Le chêne-liège est le seul arbre dont on peut prélever l'écorce répétitivement sans le tuer — à condition de respecter un cycle de 9 à 12 ans minimum (temps nécessaire à la régénération complète de l'écorce). Le premier décorticage (démasclage) se fait quand l'arbre a 25 à 30 ans — l'écorce de première levée (liège mâle) est trop irrégulière pour faire des bouchons et est utilisée pour l'isolation. Les levées suivantes (liège femelle) donnent une écorce régulière et élastique propre à la fabrication de bouchons de qualité.
L'exploitation du liège de la Maâmora est organisée par le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts (HCEF) — les parcelles forestières sont délimitées, attribuées à des coopératives ou à des entreprises privées par voie d'appel d'offres, et les opérations de décorticage sont encadrées par des gardes forestiers. Ben Slimane abrite le centre de tri et de première transformation du liège de la Maâmora — des hangars où les planches de liège brut sont stockées, séchées pendant 6 mois minimum (pour stabiliser les dimensions), puis triées par épaisseur et qualité.
La filière liège marocaine exporte principalement vers le Portugal et l'Espagne (où se concentrent les industries de transformation en bouchons — Amorim, leader mondial, achète du liège marocain) et vers les fabricants de revêtements de sol et d'isolants en Allemagne, en France et en Italie. La valeur ajoutée principale est capturée par les transformateurs européens — un problème de positionnement dans la chaîne de valeur que les industries marocaines du liège (Settat, Casablanca) essaient de corriger en développant des capacités de transformation locale.
La Maâmora est soumise à des incendies récurrents en été — 12 000 à 40 000 hectares peuvent brûler lors d'une mauvaise saison (combinaison de canicule, de vent de chergui et d'étincelles accidentelles ou criminelles). Les incendies détruisent non seulement les arbres mais déciment la faune et l'avifaune associées — sangliers, lièvres, chacals dorés, rapaces (éperviers, buses variables, milans noirs) qui peuplent la forêt.
Le HCEF reboise annuellement les zones incendiées mais avec un problème de composition : les chênes-lièges mettent 25 ans avant le premier décorticage, contre 8–10 ans pour les eucalyptus et les pins qui colonisent plus vite les zones brûlées. La forêt de remplacement est souvent moins diversifiée et moins résiliente que la forêt originelle.
Le Haras National de Ben Slimane est une des institutions de l'élevage équin marocain — une tradition royale qui remonte aux sultans alaouites du 17e siècle. Moulay Ismaïl (1672–1727) maintenait des écuries de plusieurs milliers de chevaux dans sa capitale de Meknès — les races barbe (Equus ferus caballus, race nord-africaine ancestrale, sèche et endurante) et pur-sang arabe (introduite via les conquêtes arabes du 7e siècle, plus fine et rapide) constituaient le cœur de la puissance militaire et du prestige royal.
Le haras de Ben Slimane a été fondé au début du 20e siècle (protectorat français) pour rationaliser l'amélioration génétique des races équines marocaines — les étalons du haras sont mis à la saillie des juments des particuliers contre rémunération, diffusant les caractères génétiques des meilleures lignées dans les élevages privés de la Chaouia et du Gharb.
Le cheval barbe (Berber horse) est une race nord-africaine qui existe depuis l'Antiquité — des restes ostéologiques de chevaux de type barbe ont été identifiés dans des sites archéologiques du Maroc datés du 2e millénaire avant J.-C. Le barbe est un cheval de taille moyenne (1,48–1,55 m au garrot), à encolure forte, rein court et membres secs — une conformation adaptée aux terrains accidentés et aux longues marches dans un climat semi-aride. Sa robustesse et sa frugalité (il se contente d'une alimentation médiocre là où les pur-sang arabes exigent un régime soigné) en font la race des tbourida (fantasia) et des moussems ruraux.
L'arabe-barbe est un croisement entre le pur-sang arabe et le barbe, sélectionné au Haras de Ben Slimane depuis plusieurs générations — une race intermédiaire qui combine la noblesse morphologique de l'arabe (tête fine, œil vif, encolure arquée) et la robustesse du barbe. Cette race est la monture de prestige des cavaliers des tbourida de haut niveau — plus spectaculaire que le barbe pur mais plus solide que l'arabe pur dans les terrains difficiles.
La plaine de la Chaouia (littéralement 'la plaine' en arabe dialectal) est une des grandes zones agricoles du Maroc atlantique — des terres argileuses profondes déposées par les oueds descendants des collines du Rif occidental et des reliefs du Bou Regreg. La pluviométrie (400 à 500 mm/an, concentrée en automne-hiver) permet une agriculture bipluviale : des céréales d'hiver (blé tendre, orge) semées en novembre et récoltées en juin, et une jachère d'été ou des cultures d'été irriguées (betterave sucrière, tournesol) dans les zones avec accès à l'irrigation.
Ben Slimane est entourée d'une ceinture maraîchère qui alimente le souk hebdomadaire et les marchés de Casablanca et Rabat — des légumes frais de la Chaouia (tomates, oignons, courgettes, pommes de terre) d'une qualité reconnue dans les souks des deux grandes villes.
La vache Chaouia (Bos taurus, variété locale) est une race rustique à robe fauve claire, de taille moyenne, adaptée aux pâturages secs de la plaine et aux longues saisons sèches. Moins productive en lait que les races européennes (Holstein, Montbéliarde) introduites dans les grandes exploitations, elle reste dominante dans les exploitations familiales de moins de 20 têtes — sa résistance aux parasites, sa capacité à valoriser des fourrages médiocres et son adaptation au climat local compensent sa faible productivité laitière.
Le souk aux bestiaux du mercredi de Ben Slimane est un des plus importants de la région — plusieurs centaines de bovins et d'ovins sont présentés chaque semaine par les éleveurs de la Chaouia et du piémont du Rif, achetés par des marchands de bétail qui les redistribuent vers les abattoirs de Casablanca et Rabat ou vers les particuliers qui engraissent des moutons avant l'Aïd el-Kébir.
Le territoire de Ben Slimane est historiquement celui de la tribu Oulad Bou Ziri — une des grandes tribus arabes de la Chaouia, éleveurs et agriculteurs qui occupaient la plaine depuis le Moyen Âge. La Chaouia dans son ensemble a été le théâtre d'une des premières opérations militaires majeures du protectorat français — la bataille de la Chaouia (1907–1908), déclenchée par le meurtre d'ouvriers européens à Casablanca et qui a servi de prétexte à l'occupation militaire de la plaine par le corps expéditionnaire du général Drude.
La mission catholique de Ben Slimane (une des rares missions catholiques en zone rurale marocaine pendant le protectorat) a laissé un bâtiment encore visible dans le centre-ville — une construction en pierre de taille blanche avec clocher, aujourd'hui reconvertie en usage communautaire.
Ben Slimane est associée dans la mémoire politique marocaine à un centre de détention utilisé pendant les années de plomb (1960–1990) — la période de répression politique sous Hassan II où des militants de gauche, des syndicalistes et des islamistes ont été emprisonnés dans des conditions dénoncées par les organisations de droits humains internationales. L'Instance Équité et Réconciliation (IER, 2004–2006) a documenté les détentions arbitraires dans la région de Ben Slimane et recommandé des réparations aux victimes et à leurs familles — un travail de mémoire partiel mais significatif dans le contexte marocain.
La cuisine de Ben Slimane est la cuisine de la plaine marocaine fertile — des préparations nourrissantes construites autour des produits de l'élevage et de la céréaliculture. Le méchoui de veau de la Chaouia est le plat de référence — un veau de moins d'un an, élevé en plein air dans les fermes de la plaine, rôti entier ou en quartiers dans un four à bois en argile pendant 4 à 5 heures, servi avec du cumin, du sel et du pain khobz batbout (pain de semoule épais cuit à la poêle). La viande de veau Chaouia est réputée dans tout le Maroc pour sa saveur — une conséquence directe de l'élevage extensif sur des pâturages naturels variés.
La bessara (soupe de fèves sèches décortiquées, cuite à l'eau avec du cumin, de l'ail et du paprika fumé, finalisée avec un filet d'huile d'olive et un saupoudrage de cumin grillé) est le plat du petit-déjeuner des marchés ruraux de la Chaouia — servie dans des bols de terre cuite, consommée avec du pain trempé, elle réchauffe les éleveurs et les marchands qui arrivent au souk dès l'aube les jours de marché.
Accès : depuis Casablanca (60 km, 45 min) par la N1 ou la route régionale R322. Depuis Rabat (50 km, 40 min) par la N6 via Skhirat ou la route intérieure R322. Pas d'autoroute directe — route nationale à 2 voies, fluide hors heures de pointe.
Se loger : 2–3 hôtels simples centre-ville (280–450 MAD/nuit). Pas de résidence balnéaire — hébergement fonctionnel orienté clientèle professionnelle et routière. Pour un hébergement qualitatif, base à Casablanca (60 km) ou Rabat (50 km).
Meilleure période : mars–mai (paysage Chaouia vert, haras actif avec poulains, forêt Maâmora fraîche) ; octobre–novembre (récolte betterave, forêt aux couleurs d'automne). Éviter juillet–août (forêt fermée risque incendie, chaleur de plaine 38–42°C).
Forêt de Maâmora (lisière nord) Chênes-lièges centenaires, pistes de promenade, air résineux. Plus grande forêt de liège du monde à 10 min de Ben Slimane.
Haras National Étalons barbe et arabe-barbe, lignées royales alaouites. Visite sur demande — spectacle équestre certains week-ends.
Souk du mercredi Marché aux bestiaux de la Chaouia, liège brut, légumes de plaine. Le marché rural le plus vivant entre Casablanca et Rabat.
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Plusieurs pistes forestières balisées partent de Ben Slimane vers la Maâmora. Les plus accessibles : piste nord (vers Sidi Yahia el Gharb, 25 km) et piste est (vers Tiflet, 35 km). En voiture ou à VTT. Pique-nique possible sur les aires aménagées par les Eaux et Forêts. Éviter absolument juillet–août (risque incendie — fermeture partielle des pistes en alerte rouge).
Oui — les haras nationaux marocains sont ouverts au public sur demande préalable (contacter l'administration du haras). La visite inclut les écuries de reproduction, la présentation des étalons de race barbe et pur-sang arabe, et les poulains. Les phantasias (shows équestres) organisés certains week-ends sont les moments les plus spectaculaires pour le grand public.
La levée de l'écorce (décorticage) se fait tous les 9 à 12 ans sur chaque chêne — l'écorce repousse complètement sans tuer l'arbre si le décorticage est bien réalisé. Les planches de liège brut sont vendues aux industriels de Settat et de Casablanca pour la fabrication de bouchons, de revêtements de sol et d'isolants. La coopérative de liège de Ben Slimane exporte vers l'Europe et l'Asie.
Pour une demi-journée : haras (1h30) + lisière de Maâmora (1h promenade) + déjeuner avec méchoui de la Chaouia. Intéressant pour qui veut sortir du corridor autoroutier côtier. Pas un détour incontournable mais une alternative agréable à l'autoroute A3 si on n'est pas pressé.
Céréales (blé tendre, orge) sur les terres argileuses de la plaine — la Chaouia est le deuxième bassin céréalier du Maroc après le Gharb. Betterave sucrière alimentant les sucreries de la région. Tournesol pour l'huile végétale. Élevage bovin (la race locale Chaouia, robuste et bien adaptée aux saisons sèches). Le souk de Ben Slimane reflète cette économie agricole.
Souk le mercredi — marché régional important de la Chaouia. Bétail (bovins, ovins, caprins) dans la section animaux — un des plus grands marchés de bétail de la région entre Casablanca et Rabat. Légumes, fruits de saison, habillement populaire, liège brut en vente directe par les exploitants forestiers.